bip-bip-bip… Il est 1h du matin et le réveil sonne après 3h de sommeil… Le feu s’est éteint dans la tente bédouine et des sacs de couchage (avec des touffes de cheveux) ont poussés durant la nuit autour de nous ! Il fait déjà bien froid rien d’en bas, alors nous nous armons de pulls, polaires, gants… En haut, la température avoisinera les 0°c…
Le départ à 1h30 du matin
De nuit, nous nous mettons en marche jusqu’en bas du monastère, où une sorte de check-point nous attend. Il y a déjà un gros groupe de malaisiens musulmans en pèlerinage. Une nouvelle loi veut désormais que, pour monter, il faut prendre un guide (85 LE) pour la montée et la descente. Peu importe le nombre du groupe, il faut un guide. Jabali, le propriétaire du Fox Camp nous avait donné une astuce : “en arrivant, vous vous mettez au milieu d’un groupe pour passer“… ouais… pratique de se cacher au milieu d’un groupe de malaisiens… Déjà, à ce moment-là, l’aventure commence mal pour moi car je me prends la tête avec un bédouin ! Visiblement il gère le passage des groupes, et nous voyant arriver, il vient me brailler dans les oreilles “nouvelle loi… 85… un guide…paye !” Difficile de réfléchir quand on n’a dormi que 3h, qu’il est 2h du matin et qu’un bédouin te crie dans les oreilles…
Devant nous, un groupe de 70 personnes malaisiennes… On ne peut pas se joindre à leur groupe, car on forme un groupe à nous deux… Je cherche à comprendre le but du jeu : “alors, on va prendre un guide, qui va suivre le groupe, qui va suivre leur guide ?” Et là… il a pas aimé qu’une femme lui tienne tête je pense… Il s’éloigne de moi et crie ! Pour calmer les esprits, on nous met sur le côté, nous pose des questions (tandis que j’explique le fonctionnement de ma lampe dynamo à un bédouin) et comme nous sommes des touristes (= pognon-sur-pattes), nous payons…
Nous partons avec 5 polonais (pas très discrets), un syrien et notre guide (déjà, ça m’énerve, car on est deux groupes avec un guide…) et c’est parti pour une ascension fulgurante et sportive ! 3 h de marche… Deux choix pour la route : un chemin de 3 000 marches (une marche de 1 m de hauteur, j’appelle pas ça une marche…) ou le chemin des chameliers qui aboutit sur 700 marches finales. Nous optons pour la deuxième…
Céline : grande sportive !
Dès le départ, le rythme de marche est bien speed… Nous passons un parking à chameaux, où les chameliers proposent aux touristes de monter en chameau. “camel, camel…” Passés ce grand parking, notre guide vient nous voir pour nous dire que les polonais l’ont payé et qu’ils sont partis devant, et que si on veut continuer toute seules, on peut… (comme quoi, c’est des conneries leur truc…) Étant un peu agacée depuis le début et pas très cool avec ce mec, volontairement (et méchamment, j’avoue…), je lui dit qu’on veut qu’il reste. “Alors là, mon gars, tu vas monter !“
Au premier palier, je calme tout de suite mon jeu… Je dois faire une pause d’urgence… Je pense que je me suis trop couverte, on a monté le premier dénivelé comme des fous, peut-être aussi un peu à jeun, et certainement fatiguée… Bref, je nous fais un petit malaise… L’altitude m’empêche de respirer et de reprendre mon souffle, et la pression me donne l’impression que ma tête va exploser… De l’eau, du sucre, 2 dolipranes, un peu de pain, et nous sommes repartis. La suite alterne entre le calvaire (ça grimpe…) et l’essoufflement ! Heureusement, on ralentit un peu le rythme de notre guide, car lui, est habitué à le faire toutes les nuits et grimpe ça comme un chamois !
Une rencontre insolite !
Aux différents paliers, il y a des petits shops vendant de l’eau (au prix de champagne). C’est là que nous faisons vraiment connaissance avec Youssef, l’homme syrien qui est avec nous depuis le départ. Depuis le début, nous émettions des suppositions quant à son identité : prêtre orthodoxe ? Musulman ?
- Where do you come from ?
- Syria
- I went in Syria last summer
- Do you know ‘Mar Musa’ ??
Là, direct il me parle de Mar Musa… Bizarre… Abouna Youssef est en fait novice à Mar Musa, le monastère syrien accroché à la montagne, où j’avais passé quelques jours ! Le monde est si petit : et se retrouver ensemble au Mont Musa… Je vois un petit clin d’yeux Clin-Dieu… Cela me permet d’avoir des nouvelles de Raphaël, volontaire DCC comme moi. Je sors mon chapelet en corde que j’avais acheté lors de mon passage : il se trouve que c’est lui-même qui les fait !! Énorme !
Abouna Youssef reste alors avec nous durant toute la montée, où j’ai bien cru faire quelques arrêts cardiaques tellement je sentais mon cœur battre. C’est quand même un sacré dénivelé ! 2 285 mètres ! Les 700 dernières marches sont assassines… Le guide prend soin de moi : il m’offre des thés sucrés pour me requinquer et une couverture lorsque nous arrivons en haut (car là, il fait froiiid !)
L’attente du lever du soleil
En haut, il nous faut attendre le lever du soleil qui a lieu dans … 2 heures (évidement, on avait pas pensé monter la montagne si rapidement !!). Le temps de somnoler dans un refuge bédouin, les premières lueurs apparaissent dans le ciel. Le ciel prend d’abord une couleur rosée, puis dorée. Le ciel bleu apparait et soudain, entre deux montagnes, le soleil se lève !! On réalise alors en regardant la vallée toute la marche qu’on a faite ! Je n’aurais pas pu la faire de jour !

6h09 : on attend (non, on a pas froid !) ©Photo Claire

6h52 : premières lueurs

7h02 : lueurs dorées

7h05 : lueurs rosées

7h06 : des nuages arrivent

7h06 : on contemple

7h10

7h12

7h16 : tout ce qu'on vient de monter....

7h16

7h17

7h21 : C'est rose, c'est rose !!

7h25 : on y est presque...

7h27 : Welcooome Sunlight !

7h27

7h29 : les premiers rayons...

7h33

7h41 : on en peut plus de regarder... c'est trop beau !

©Photo Claire
Mont Musa : un lieu saint
Mais le Mont Moïse n’est pas seulement un lieu de promenade pour voir le lever de soleil (comme tous les Russes en club à Sharm el-Shair venus exprès pour ça), c’est également un lieu de pèlerinage. Le lieu où Moïse (Musa en arabe) aurait reçu les 10 commandements de Dieu. Une chapelle (fermée) a été construite en haut. Mais il est dur de garder une certaine méditation entre les groupes de touristes russes bruyants et les malaisiens écoutant de la musique rap arabe sur leur téléphone portable !

La chaine de montagne avec les premiers rayons



à 2 285 m, l'air est pur. Pourtant...
Ceci dit, vivre ce lever de soleil rayonnant dans ce lieu saint bien précis avait quelque chose de bien spécial !
Mais il est temps de redescendre. Notre guide nous attend et Abouna Youssef aussi ! Nous optons pour le chemin des 3 000 marches pour le retour (chemin impossible à faire dans le sens de la montée, je confirme !!!) Charmant chemin entre les montagnes et les rochers encore dorés par les rayons du soleil du matin. Nous surplombons le monastère Ste Catherine.

Abouna Youssef, novice à Mar Musa en Syrie. Pour lui, monter au Mont Musa avait toute une symbolique. Il est actuellement en retraite avant d'être ordonné prêtre dans l'année 2009


Sur la route, le guide nous montre une maison fermée : c'est la chapelle du prophète Elie. Voici ce qu'on voit par le trou de la serrure...

En bas, le monastère Ste Catherine...
Le Monastère Sainte Catherine
En bas, le temps que le monastère n’ouvre, nous partageons notre petit déj avec Abouna Youssef, nous parlons de Mar Musa. Lorsque les portes ouvrent tout le monde se précipitent dans la petite cour derrière l’église, et pour cause : on y voit le buisson ardent de Moïse ! Ce buisson se serait enflammé devant lui dans se consumer, et une voix (Dieu) lui ordonna d’enlever ses sandales car il foulait une terre sacrée.
Aujourd’hui, le monastère compte 25 moines grecs orthodoxes, dont certains sont ermites dans la montagne. Ils forment la plus petite Église orthodoxe au monde, car ils n’ont aucun supérieur (patriarche ou pape). Ils sont totalement indépendants.
Ce monastère détient la 2ème plus grande bibliothèque après le Vatican : près de 32 000 manuscrits en 13 langues dont le trésor, que nous avons vu, est un Cotex syriacus (plus ancienne traduction de l’Évangile), daté du Vè siècle.

Le monastère

Le buisson ardent...
Après la visite, nous nous séparons avec Abouna Youssef avec des “inşallah, on se reverra”.
Nous rencontrons ensuite au camp pour savoir si Jabaly nous a trouvé une solution pour rentrer au Caire. L’idée est de nous emmener à 100 km en voiture au Check point sur la route principal Sharm el-Shair/Le Caire et d’y arrêter un bus. ça a l’air facile, mais c’est d’abord une solution bien plus onéreuse que le prix de notre billet d’aller ; et surtout pour des raisons obscures, il nous faut mentir sur notre destination au 1er check point sous peine de payer une grosse amende si les militaires savent qu’on veut aller au Caire. (pas trop compris pourquoi…) En même temps, nous appelons Myriam au Caire et prenons l’option de reporter notre départ au lendemain pour le bus de 6h du matin, afin d’enchainer directement avec la visite du quartier des chiffonniers du Caire.
On déménage alors de la tente bédouine à une chambre dans une petite maison en pierre, toute aussi sommaire, mais très fraiche ! Un délice pour notre petite sieste de l’aprèm pour nous remettre de notre nuit de rando ! En fin d’aprèm, visite express dans le village désert pour acheter quelques provisions, remise à jour du carnet de compte, du journal de bord, tri des photos… Le soir, nous retrouvons Albane et Armelle pour leur raconter notre nuit !

notre chambre

le Fox Camp (que je conseille à tous !)